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AikcO

Imaginer, créer, entreprendre - demain est déjà présent

Blockchain, sujet technique à la mode ou véritable outil ?

Publié le 27 Avril 2017 par AikcO2 in Innover, Blockchain, Bitcoin

Article paru dans les Echos Business

Blockchain my heart

PAR CLEMENT STUDER, RESPONSABLE DES ACTIVITÉS CONSEIL TRANSFORMATION DIGITALE DES ORGANISATIONS, CGI BUSINESS CONSULTING
 

À la radio, dans la presse, dans les réunions, votre beau-frère, tout le monde vous rebat les oreilles avec la fameuse « blockchain ». C'est le mot clé du moment. Vous êtes probablement tiraillé entre l'envie de ne pas passer à côté d'un sujet potentiellement majeur et une petite voix qui vous dit qu'il s'agit encore d'un truc d'informaticien pour vous proposer un « POC » (un prototype en bon français). Alors sujet technique à la mode ou véritable outil au coeur de votre stratégie ? Si vous vous posez la question, c'est que vous avez fait une partie du chemin.

Quand on s’intéresse un peu au sujet et qu’on pense aux blockchains, on pense au bitcoin et à l’achat de kalachnikov par les mafias... Mais cette technologie permet aussi d’acheter honnêtement le pot de miel d’un petit producteur du Berry.

On entend aussi souvent dire que la technologie de blockchain est une révolution, qu’elle va changer les banques, supprimer les notaires ou encore que bientôt tout sera dans la blockchain. Mais c’est quoi une blockchain ?

En premier lieu, il faut comprendre que « la » blockchain n’existe pas. La technologie blockchain est un concept, une logique, une série de principes. Mais elle n’est pas une et homogène. Au contraire, il existe des dizaines (voir des centaines) de blockchains, chacune avec des modes de fonctionnement propre et des particularités.

L’analogie habituellement utilisée pour expliquer la technologie est celle d'un grand livre comptable numérique dont chaque acteur posséderait un exemplaire parfaitement à jour. Chaque acteur peut donc lire ou écrire dans ce livre de compte.

Le trait de génie de cette technologie ? Elle permet de valider les ajouts d’écriture sans avoir besoin de faire confiance à un tiers unique (comptable, banque, etc.). Au contraire, elle permet d’ajouter une nouvelle écriture par un utilisateur déterminé au hasard et sans que celui-ci ne puisse le savoir à l’avance.  Une fois  l’écriture prête à être ajoutée, l’ensemble des autres utilisateurs va vérifier automatiquement que le travail est bien fait et approuver ou non ce travail. C’est ce que l’on appelle le « consensus distribué » ou pourquoi faire confiance à une personne ou un tiers lorsque je peux compter sur l’ensemble des utilisateurs d'un système.

La première utilisation à laquelle on pense est souvent le sulfureux Bitcoin, cette fameuse monnaie virtuelle dont le cours dépasse parfois celui de l’once d’Or. Satoshi Nakamoto est le fondateur de cette première blockchain, il (elle ou eux) a rendu possible le concept de crypto-monnaie, l’a peaufiné, lancé sans jamais révéler son identité et s’est désengagé dès qu’il a été opérationnel. Le lancement du premier bloc par Satoshi Nakamoto a presque créé une mythologie de genèse numérique.

Cependant, limiter les blockchains à la fonction de « monnaie » est une vision très réductrice des services qu’elles peuvent rendre. Le Bitcoin n’est qu’un usage ; il est possible de faire beaucoup de choses avec cet outil : gérer un cadastre (le Honduras va ainsi héberger son cadastre dans la blockchain du Bitcoin pour éviter toute falsification ou corruption), s’échanger des actions, lutter contre les faux diplômes, sécuriser des diamants, créer des contrats d’assurance automatique, verser automatiquement des gains au vainqueur d’un pari sportif dès le match terminé (grâce au fameux Smart contract), etc.

Il y a probablement un ou plusieurs cas d’usage dignes d’intérêt au sein de votre entreprise.

Contrairement à la vision de certains sur le marché, les blockchains ne doivent pas être réduites à une technologie. C’est avant tout un sujet d’usage, de cas "métier". Il est donc impératif que les directions commerciales, marketing, distribution, produit, se saisissent du sujet et se posent la seule question qui vaille : ce type d’outil peut-il rendre un service ?

Répondre à cette question demande cependant du travail. Il faut comprendre le sujet, le fonctionnement (mais pas forcément la technique), utiliser les outils et méthodologies d’analyses, organiser des groupes de réflexion avec les différents acteurs, étudier les différentes possibilités.

Au final, il s’agit d’un travail assez classique d’analyse d’un besoin et d'idéation ; certes pour un sujet possédant de nombreuses dimensions et niveaux de complexité. À la fin peut-être aurez-vous identifié un besoin pour lequel une blockchain sera la réponse. À ce moment-là, il s’agira de passer la main aux experts IT. La technologie se doit d’être une réponse, un outil et pas une question en soi.

Mais il faut tout de même réaliser que dans un monde où les business models se font et se défont en quelques semaines, ne pas considérer les blockchains, c’est le début du renoncement. 

 

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